Les mauvaises influences qui peuvent pourrir un entretien

4e article de la série : Les réalités du métier de conseiller ou conseillère en création d’entreprise, celles qu’on ne vous raconte pas en formation.

Un porteur ou une porteuse de projet qui arrive dans votre bureau n’est jamais complètement vierge de tout avis. Famille, prescripteur, voisin entrepreneur, personnes influentes : tous ont quelque chose à dire. Qu’on soit conscient ou non de sa pertinence, on se laisse forcément influencer.

Ces aprioris s’installent avant même le premier rendez-vous. Et ils pèsent sur l’entretien, parfois jusqu’à le rendre compliqué. Voici quelques situations où cela a été le cas.

Un porteur de projet arrive à son entretien avec un grand sac « Influences extérieures », sous le regard de Créabuse.

Les porteurs de projet qui se sont renseignés avant de venir

Oui, mais sur quels sites ?

En soi, avoir fait des recherches est un bon comportement. Ça montre un minimum d’investissement. Sauf que parfois, ce sont des sites dédiés à un secteur d’activité, donc non institutionnels et par conséquent pas forcément à jour, ou mal retranscrits.

Une petite erreur d’interprétation

Et il y a un deuxième problème, encore plus discret : se renseigner, c’est bien. Avoir compris et bien assimilé l’information, c’est une autre histoire. Souvent, c’est de la surinterprétation d’une information, avec une fausse analyse à la clé.

J’ai déjà eu un porteur de projet qui m’a lu un texte de loi pour me prouver que j’avais tort… sauf que ce qu’il lisait disait ce que je lui avais expliqué avec des mots plus simples. Mais lui, il comprenait autrement le texte.

Les sources d’information d’un autre entrepreneur

Le succès d’un proche

« J’ai discuté avec… » « On m’a dit que… »

Deux phrases qu’on entend souvent. L’oncle ou le voisin ont lancé leur activité, et ça marche pour eux.

Forcément, cela donne envie. Mais est-ce que leurs conseils sont adaptés au projet étudié ?

Les conseils du cédant

La personne accompagnée veut racheter une entreprise et le cédant lui prodigue ses bons conseils.

« Je vais reprendre la boîte de X, il m’a expliqué comment il « gérait » son activité pour ne pas payer beaucoup de charges. » (Combien de fois j’ai entendu cette phrase…)

Que ça ait vraiment marché pour lui ou non, le porteur de projet, lui, est convaincu que ça marchera pour son propre projet.

Dans ces deux cas, à contrario du cas où on vous donne des conseils que vous n’aviez pas demandés, ici, la personne veut reproduire ce qu’elle pense fonctionner.

Une trop grosse attente et un message déformé

Une attente erronée dès le départ

C’est ce qui est arrivé avec un monsieur, ayant un gros problème d’audition, envoyé par sa conseillère RSA.

Il voulait que je lui finance une formation. Je l’ai donc prévenu très rapidement que notre organisme ne finançait pas les formations. Mais que peut-être sa conseillère voulait une étude du projet afin de valider la demande. La seule chose qu’il a retenue, c’est que je ne voulais pas financer. Comme ce n’était pas la première fois qu’on lui disait non, et qu’il n’obtenait toujours pas ce qu’il voulait, il s’est énervé.

Quand le premier rendez-vous est réinterprété

Un jour, j’ai reçu un monsieur qui sortait de prison et voulait se réinsérer en lançant un restaurant avec son ex-femme (il y avait énormément d’enjeux sociaux derrière).

Au premier rendez-vous, seul, il était déjà tendu, mais il semblait avoir compris qu’il y avait quelques blocages possibles.

Quand il est revenu avec sa femme, la tension était palpable, il était limite agressif. J’ai repris l’explication du cadre légal, et là, la tension est encore montée d’un cran. Pour lui, je voulais l’empêcher de créer son restaurant et donc de récupérer sa place dans la structure familiale.

Les deux cas s’appuient sur une attente forte concernant le rendez-vous. Le porteur de projet interprète vos propos dans son sens. Vous devenez responsable de leur déception.

L’avis d’un professionnel

Il est assez courant qu’un prescripteur vous envoie quelqu’un.

Parfois, il y a un vrai projet derrière. Parfois, non.

Vous ne trouvez pas de travail, créez le vôtre !

« Pourquoi ne pas vous mettre à votre compte ? Ils recherchent beaucoup de freelances dans votre domaine. »

Cette proposition, je l’ai déjà entendue lors d’un webinaire de sensibilisation aux métiers du numérique, de la part d’une conseillère France Travail. Et à chaque fois, ça m’hérisse le poil ! J’ai reçu bon nombre de personnes qui n’avaient pas vraiment de projet, mais qui recevaient la « pression » de leur conseiller d’insertion. Et là, ça me pose plus de problème déontologique.

Le conseiller trop enthousiaste

Un autre cas : « Mon conseiller croit beaucoup en mon projet. »

Le conseiller en question est connu, il suit et motive la personne depuis longtemps, il a largement gagné sa confiance. Et vous, vous arrivez en terrain neuf, et vous commencez à glisser du scepticisme (selon le porteur de projet) ou plutôt de la méthode (selon vous) dans un projet que les deux avaient déjà commencé à fantasmer ensemble.

Quand l’influence vient d’un « expert »

Le pire cas, c’est quand l’avis vient d’une personne qui a un poids social suffisant pour balayer vos propres conseils.

C’est comme ça que je me suis retrouvée dans une situation fâcheuse parce que l’élu à l’économie de la mairie avait dit que… Et malheureusement, l’information était fausse.

Mais l’élu était passé avant moi. Et lui, il est élu. Moi, pauvre conseillère… Voilà comment je suis devenue la méchante qui voulait les empêcher de créer.

(Même si j’étais sûre de moi, j’ai quand même appelé l’organisme en question pour vérifier.)

Seul face aux problèmes ?

J’ai travaillé dans un certain nombre de structures. Peu d’entre elles avaient de vrais moments consacrés à l’échange de pratique sur ce genre de situation. Ça se réglait plutôt entre deux portes, avec sa responsable, ou une collègue. Pourtant, certaines situations peuvent être très tendues.

Est-ce que dans vos structures, des moments sont prévus pour échanger sur ces cas particuliers ?

Quelques recommandations

  • Dans tous les cas, la patience est de mise. Répéter et renvoyer systématiquement vers les sources officielles reste la base. (Rappelons-nous qu’on peut aussi se tromper).
  • Faire prendre conscience que ce n’est pas nous qui établissons les règles. Nous ne sommes là que pour les expliquer. (Ne tirons pas sur le messager.)
  • Faire appel à un partenaire, un « expert » ou l’organisme concerné pour valider nos dires.

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