Premier volet de la série « Mon parcours avant Créabuse ».
Avec le recul, j’ai voulu créer mon entreprise par orgueil.
Montrer que c’était possible quand on vient d’un milieu ouvrier. Et parce que mon caractère n’est pas vraiment celui d’une salariée.
« Vouloir » et « savoir comment faire », ce sont deux choses différentes.
Donc j’ai commencé par la base : un BTS Assistante de gestion pour avoir les fondations en compta, gestion, commercial et juridique. Venant d’une filière scientifique, c’était une découverte totale. Et puis une opportunité s’est présentée de travailler dans le monde de l’entrepreneuriat. Je l’ai saisie.
J’espérais créer mon entreprise vers 35 ans. Je l’ai créée après mes 40 ans. C’est long, dit comme ça. Mais j’ai appris depuis que le temps qu’on met n’est pas vraiment le sujet. L’important, c’est d’arriver au but.
Ce détour par l’accompagnement était important pour moi. Je l’ai choisi. Et j’ai bien fait.

Paris, l’écosystème et les notes COB
Je ne savais pas dans quoi je mettais les pieds.
Paris fourmille de structures, d’acteurs et de dispositifs. C’est un écosystème entier dont je ne soupçonnais pas l’existence. Ma première mission concrète, c’était de lire des notes COB (la Commission des opérations de bourse, maintenant rebaptisée). En gros, ce sont des business plans format XXL, très formateur.
J’ai appris en observant comment les projets évoluaient. La bonne volonté du porteur ou de la porteuse de projet ne suffit pas toujours. Il faut connaître les mécanismes, les aides, les bons interlocuteurs. Sans accompagnement, il est parfois difficile de s’y retrouver.
J’en ai profité pour formaliser tout ça avec une formation spécifique de « Conseiller en création d’entreprise » dispensée par Paris VIII. Elle m’a permis de mettre des mots sur ce que j’avais appris sur le tas, et d’affiner ma posture d’accompagnement. Parce que savoir monter un dossier et savoir accompagner un porteur ou une porteuse de projet, ce sont encore deux choses différentes.
L’ethnométhodologie, ou comment j’ai compris les gens
J’ai enchaîné avec un DESS d’ethnométhodologie. C’est un nom dur à prononcer, mais c’est une discipline fascinante.
En résumé, il s’agit de comprendre comment un individu fonctionne au sein d’un groupe social. Moi qui ai toujours eu du mal à m’intégrer, ça a répondu à beaucoup de questions. Et surtout, ça a complètement changé ma façon d’envisager l’accompagnement.
Parce que si tu ne comprends pas comment une personne interagit avec son environnement, avec ses proches, avec ses doutes, tu peux avoir toutes les compétences techniques du monde : ton accompagnement sera incomplet.
Je l’ai fait en parallèle d’un poste de gérante dans une société d’innovation. Cela s’inscrivait dans la logique de se former par la pratique avant de se lancer.
(Ça m’a aussi appris qu’être gérante engendre des responsabilités, et que quand les « experts » autour de toi se trompent, c’est toi qui te retrouves devant le juge. Mais ça, c’est une autre histoire.)
Le retour à Lyon et le grand plongeon
De retour sur la région lyonnaise, après quelques années d’errance, j’ai fini par décrocher un poste de conseillère en création d’entreprise.
À la base, je devais venir en renfort d’une personne absente. Je me suis retrouvée à gérer son travail, plus celui de la personne avec qui je devais travailler en binôme.
Il n’y avait pas de tuilage, pas d’explication, personne à qui poser des questions. Avec le recul, je trouve que j’avais une résilience certaine à l’époque.
Ma tension bien haute, le stress à fond, j’ai eu une demi-journée pour ingurgiter les documents de travail. Et hop, premiers rendez-vous dès le premier après-midi.
En fait, je crois que je n’avais juste pas le temps de me poser des questions.
Dans ce premier poste, la mission était d’évaluer où en était le porteur ou la porteuse de projet, pas de les accompagner à proprement parler. On devait vérifier qu’ils avaient les réponses aux questions de base. Moi, sans brief au départ, je leur donnais du travail à faire d’une fois à l’autre. Je leur expliquais, je reformulais, j’allais chercher les réponses avec eux. Sans consignes précises, j’avais fait comme je pensais devoir le faire. J’accompagnais autant que j’évaluais. J’ai appris bien plus tard que ce n’était pas ce qu’on me demandait.
Quand tu as quatre rendez-vous avec quelqu’un dont deux consacrés en partie à l’administratif, tu n’abordes pas les choses de la même façon que si tu l’accompagnes sur six mois en mode libre.
Prendre son temps
Ce mode libre, je l’ai connu plus tard, avec une liberté totale de suivi, de l’idée jusqu’au lancement. Autant vous dire que la première chose que ma responsable m’a dite, c’est : « Va moins vite. » « Sois moins directive. » « Tu as le temps. »
Le changement de posture était radical. Et pourtant, c’est le même métier de base.
Ce qui est vraiment formateur, ce sont les situations qu’aucune formation ne peut vraiment anticiper, celles où tu dois aller creuser pour trouver les réponses. Quand le contexte change, l’approche change avec lui : il faut l’adapter, la peaufiner, faire du cas par cas, trouver la solution qui correspond à ce projet précis, pas appliquer la même recette à tout le monde.
Et puis vient le temps où les subventions s’arrêtent, les postes aussi, dans le monde associatif c’est courant.
C’était le moment de passer à l’acte : créer mon entreprise.
La suite de cette série : le bar à jeux, COVID, et ce que ça m’a appris