Quand vous créez une boite, des « bons » conseils vont fuser de partout. (C’est humain, mais franchement, c’est pénible !)

Dès que vous annoncez que vous montez votre boite, tout le monde a un conseil à vous donner. Ami, famille, client, quasiment personne ne s’en prive. Le souci, c’est que ces conseils non sollicités de l’entourage s’appuient rarement sur des faits : ils viennent souvent d’un ressenti, d’une peur ou de l’envie de vous voir briller. Voici comment j’ai appris à les trier, avec quelques exemples vécus au bar à jeux.

Créabuse trie des conseils d’entrepreneuriat à l’aide d’un filtre valeurs, faits et cohérence, pour décider quoi garder, tester ou écarter.

Ce type de conseil, vous en avez à tous les stades de votre projet

Pour en discuter avec des porteurs et porteuses de projet et des entrepreneurs et entrepreneuses, ce genre de « bons conseils » de la part de leur entourage, ils en ont plein.

Avant création, on se laisse facilement influencer par des remarques positives comme :

« Tu cuisines trop bien, tu devrais te mettre à ton compte »
« Tu fais des supers jolies robes, tu devrais les vendre »
« Tu n’es pas fait pour être salarié, pourquoi tu ne te mets pas à ton compte ? »

On se laisse griser par la mise en valeur de nos capacités, sans parfois voir la forêt qui est cachée par l’arbre.

À l’inverse, quand celles-ci prennent une tournure négative :

« T’es sûre ? J’ai peur que… »
« Tu devrais faire… »
« Pourquoi tu ne fais pas… »
« Tu vois trop grand… »

Là, tout de suite, on se sent étouffer. Il y a une perte de confiance, une remise en question qui parfois nous empêche d’avancer.

Bien que les premières paraissent positives, dans les 2 cas, ces « bons » conseils n’en sont pas.

Que ce soit par « protectionnisme » parce que la personne a peur pour vous, ou au contraire pour vous valoriser et vous faire plaisir, ils ne s’appuient pas forcément sur des éléments concrets, mais plus sur un ressenti.

Ce type de « bons » conseils ne s’arrête pas à la phase d’étude de votre projet. Ils apparaissent à tout moment de la vie de votre entreprise. Amis, famille, même les clients vous disent comment gérer votre affaire, alors qu’ils ne connaissent ni votre domaine d’activité, ni vos contraintes.

Bons conseils ou peut-être pas ?

Voici quelques exemples de ces « bons » conseils que j’ai eus lors de la période du bar à jeux, et la façon dont j’ai traité l’information.

Virer l’équipe en cuisine

Dans l’article Quand tu te lances en restauration sans rien y connaître… , je racontais qu’un conseil revenait souvent de la part de mes amis : virer mon équipe en cuisine, à cause de nos problèmes de communication.

Mes 2 employés en cuisine faisaient ce métier depuis plus de 10 ans pour l’un, et plus de 30 ans pour l’autre. Personnellement, je n’étais pas du milieu et j’arrivais avec mes fantasmes managériaux.

Résultat : une incompréhension de part et d’autre.

Je m’en étais ouverte à quelques-uns de mes amis, et leur réponse avait été unanime : « Tu devrais virer tes cuistots et prendre une équipe qui te correspond. »

Et si on réfléchissait ?

Reprenons les faits posément :

Quel coût cela représente-t-il vraiment ? Beaucoup trop par rapport à ma trésorerie.

Est-ce que mon équipe travaille mal ? Malgré quelques couacs, plus liés à un problème d’organisation qu’autre chose, les clients sont contents de ce qu’on leur sert.

Est-ce que c’est facile d’embaucher un autre cuistot ? Les banques ont été réticentes à me financer, par peur que je ne puisse pas gérer le turn over de la profession. Ça, c’est un vrai signal d’alerte à ne pas négliger.

Au fond, quel est le vrai problème ? La communication entre 2 mondes différents. C’est moi qui ne suis pas de la profession et qui n’en connais pas les règles.

Est-ce que je ne peux pas essayer de le résoudre plutôt que de virer tout le monde ? Oui, observons et trouvons une solution adaptée.

Et surtout, quelles sont mes valeurs en matière de management ? Pas celle de virer dès que je ne suis pas contente, en tout cas.

Je n’ai pas pris de décision arbitraire basée sur mes premiers ressentis. Et avec le recul, ça a été la bonne décision.

Cash, bien sûr !

On ne s’y attend pas forcément, mais les clients aussi vous donnent leur avis sur la façon dont vous devriez gérer votre établissement. Voici une anecdote des plus surprenantes.

Une cliente me demande si je préfère être payée en cash ou en carte bancaire, pour enchaîner tout de suite sur « le cash, bien sûr », d’un air entendu.

Je lui ai donc rétorqué que je préférais plutôt la carte bancaire parce que c’était plus simple à gérer. Le cash m’obligeait à aller à la banque régulièrement. De toute façon, je ne faisais pas de « black ». Et là, elle s’est emportée (je n’ai toujours pas compris pourquoi ?!), en disant que j’avais tort, que tout le monde le faisait.

Si on enlève le problème de l’ingérence dans les affaires d’autrui, reprenons les faits posément.

Et si on réfléchissait ?

Faire du « black » pose plusieurs vrais problèmes. Celui que tout le monde pourrait avoir en tête est le risque de redressement fiscal que cela pourrait engendrer.

Toutefois, cela va bien plus loin : on fait du « black » pour ne pas payer de cotisations sociales sur une rémunération et des taxes ou impôts sur le bénéfice. Sauf que les premières années, c’est assez rare d’avoir une si grosse plus-value. Ne pas tout encaisser risque plutôt de créer des difficultés financières, ce qui rend la discussion avec la banque compliquée.

De plus, cela peut engendrer une perte de confiance de vos employés qui sont témoins de ce manège, et les inciter à faire la même chose.

Enfin, et c’est bien la raison principale : cela diminue la valeur réelle du fonds de commerce. Le nombre de fois où j’ai étudié des dossiers de reprise d’entreprise où le vendeur était fier de ne pas payer d’IS par des procédés plus ou moins douteux. Résultat, le banquier refusait le prêt tout simplement parce qu’il n’y avait officiellement pas de capacité de remboursement pour le prix demandé.

Il faut voir les choses sur le long terme, pas seulement sur un bénéfice immédiat à court terme.

Avec le recul, ma décision était judicieuse. Mon chiffre d’affaires de la première année était bon, et à cause des années Covid, c’est justement celui-ci qui a été pris en compte pour déterminer la valeur de mon fonds de commerce lors de la vente.

Quand les gens jouent à la poupée

Créabuse protège les valeurs de son projet pendant qu’une personne envahissante imagine repeindre son bar selon ses propres envies.

Un autre exemple, moins bon enfant et plus anxiogène. Vous avez le cas de ceux qui projettent leur propre envie de créer sur vous.

Pour l’anecdote, au début du bar, j’avais une personne (que je ne connaissais pas avant d’ouvrir) qui me collait. Elle avait étudié les fournisseurs possibles et en avait repéré certains qui pourraient m’être utiles.

Bien sûr, je n’avais rien demandé, et j’avais déjà décidé de mes fournisseurs en fonction des valeurs que je voulais donner au bar. Mais elle insistait, parfois lourdement, en disant que je faisais erreur. (Bah, laisse-moi faire mes erreurs, mais lâche-moi, en fait !)

C’est ainsi que je devais passer par son distributeur pour toutes mes boissons (et mes fabricants de jus de fruits et mes brasseurs locaux dans tout ça ?), et que je devais me fournir en chocolat chaud en poudre chez tel prestataire parce qu’il était trop bon (et ma recette de chocolat chaud fait maison avec du vrai chocolat fondu, on s’assoit dessus, apparemment !)

Bien sûr, ces « conseils » ne s’arrêtaient pas là, elle avait un avis sur tout. Sous couvert de m’aider, j’avais l’impression qu’elle jouait à la poupée et qu’elle projetait ses propres envies sur mon activité. Elle ne tenait absolument pas compte des valeurs que j’avais identifiées pour le bar.

Bref, à l’époque, je ne voulais froisser personne, donc je me retenais. Mais j’ai été contente quand elle a arrêté de venir me prodiguer ses « bons » conseils.

Des conseils pertinents, ça existe aussi

Vous allez penser que je n’écoute jamais ce qu’on me dit. Attention, je ne dis pas de ne pas écouter les autres. Parfois, il y a des idées qui peuvent être intéressantes ! En voici 2 exemples.

Un conseil qui avait du sens mais qui n’a pas fonctionné

On m’a proposé de faire des snacks healthy à la place des bonbons industriels (un des seuls encas non faits maison). J’ai donc essayé, en achetant des grignotages à base de fruits secs.

Mais le résultat n’a pas été probant. Le stock a mis bien plus longtemps à s’écouler que les bonbons classiques. Je suis donc revenue aux anciens produits, car ils se vendaient très bien.

Une petite mousse au chocolat au jus de pois chiche

Voici un exemple qui a fonctionné.

Le but du bar était que tout le monde passe un moment agréable. Je veillais donc à ce que chacun puisse manger quelles que soient ses préférences alimentaires. J’avais donc un plat végétarien toutes les semaines, et une solution vegan s’il y avait de la demande (ce qui, avant Covid, était le cas journalièrement).

En discutant avec certains clients, ils m’ont signalé que ce serait bien d’avoir aussi un dessert vegan. C’est comme ça qu’on m’a donné une recette de mousse au chocolat au jus de pois chiche.

Je ne vous raconte pas la tête de mon cuistot quand je lui ai montré la recette. Il était un peu perdu. J’étais moi-même dubitative quant au résultat.

Eh bien, j’avais tort ! Tous mes clients ont aimé cette recette. La seule contrainte était qu’il fallait que je fasse un plat à base de pois chiche dans ces moments-là.

Pourquoi j’ai testé ces 2 conseils ? Tout simplement parce que ça rentrait dans les valeurs du bar. Le fait de vendre des bonbons industriels qui n’étaient pas forcément bons pour la santé était une entorse (bien que plébiscitée par les clients) aux valeurs de base du bar. De même, j’avais la volonté de permettre à chacun de se faire plaisir avec un dessert qui conviendrait à tout le monde.

Comment filtrer et ne pas se laisser envahir

Comme vous avez pu le voir dans les anecdotes précédentes, les « bons » conseils peuvent arriver de partout et à tout moment, et parfois de façon saugrenue. Le but n’est ni de les rejeter en bloc, et encore moins de dire « oui » à tout pour ne pas froisser les gens.

Il est important de les écouter, et surtout de les traiter de façon pragmatique. On peut potentiellement les tester, avant de décider de les garder ou pas.

Mais sans un cahier des charges (ou business plan) clair, vous allez être tenté de dériver en fonction des suggestions des autres personnes.

Pour éviter de vous embourber, voici 2 points importants.

Temporisons !

Répondre à chaud n’est pas votre fort, ou vous êtes encore indécis sur certains points de votre projet.

Cette phrase simple met normalement fin à la conversation. Et ça vous laisse le temps d’aller chercher les arguments, si vous ne les avez pas tout de suite sous la main.

Une maîtrise de son projet

Mais pour ça, il faut bien avoir défini les choses en amont. Si votre ligne directrice est claire et cadrée, les propositions hasardeuses ou les peurs irrationnelles peuvent être balayées par des arguments factuels.

Dans tous les cas, prendre du recul est vraiment nécessaire ! S’appuyer sur des faits, et non sur des ressentis. Respecter ses valeurs et l’image que l’on veut renvoyer, parce que sinon, on se perd et notre projet ne nous ressemble plus vraiment.

N’oubliez pas : vous êtes le seul ou la seule maître à bord. C’est à vous de décider !

Conclusion

À titre personnel, je me suis affirmée dans la gestion de mon entreprise au fil des mois. Refuser de virer mes cuistots sur un coup de tête, refuser le « black » alors qu’on me répétait que tout le monde le faisait, ça s’est joué là : dans le réflexe de vérifier les faits plutôt que de suivre l’avis du plus convaincant.

Les peurs des gens ne s’arrêteront pas. C’est donc à vous de vous prémunir contre ce type de remarques. Et pour gagner en confiance en soi, il faut connaître son projet, pour pouvoir trier les « bons » conseils.

En le maîtrisant parfaitement, vous percevrez leurs paroles comme étant leurs peurs ou leurs envies à eux, pas les vôtres. Chacun reste à sa place.

À retenir

  • Un conseil de l’entourage, positif ou négatif, repose rarement sur des faits concrets. Il vient souvent d’un ressenti ou d’une peur.
  • Avant de suivre ou de rejeter un conseil, mieux vaut le confronter à son propre cadre de projet : budget, valeurs, business plan.
  • Se donner le temps de répondre, avec une phrase simple comme « je vais étudier la question », évite de céder à l’avis du plus insistant.

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