La maxime « On a les qualités de nos défauts » s’applique bien à l’entrepreneuriat.
À force de discuter avec de nombreux porteurs et porteuses de projet, on s’aperçoit que ce qui nous paraît normal peut être vécu par eux-mêmes comme quelque chose de honteux ou de mal placé.
Provocation ou culpabilisation inutile
L’étude de la concurrence en mode fouine assumée
Lors d’un entretien, une de mes porteuses de projet m’a dit :
« Vous allez m’engueuler. J’ai fait ma fouine, je suis allée voir ma concurrente pour tester ses services. »
Réponse de ma part : « Pourquoi je vous engueulerais ? Vous avez fait du benchmark, en allant voir ce que vos concurrents proposaient. »
Clairement, c’était une forme de provocation : j’ai fait quelque chose de mal, on va me dire quelque chose. Je ne vais pas rentrer dans une analyse psychologique, je n’en ai pas les qualifications. Toutefois, d’un point de vue professionnel, elle est allée faire ce que peu de porteurs et porteuses de projet osent, c’est-à-dire vérifier sur place la qualité du travail de ses concurrents. Ce qui pour moi est super positif !!!
Une culpabilité infondée
Un autre cas dont je me souviens, un monsieur qui m’a dit d’un ton désolé :
« Je suis un opportuniste, c’est moche de le dire. »
Réponse de ma part : « Non, vous surfez sur les opportunités pour vous créer une activité qui répond à un besoin actuel de la clientèle. » (bon, ma phrase orale n’était pas aussi joliment formulée, mais c’était l’idée).
Ce type de phrase est souvent dite avec un sous-entendu : « ce n’est pas bien ». Alors qu’en fait pas du tout !
Pourquoi on culpabilise autant
Il y a parfois une sorte de confusion entre les « règles morales » du bien vivre ensemble et le monde de l’entrepreneuriat, où on a besoin de se renseigner ou de saisir les opportunités quand elles se présentent.
Ça nous met dans des situations de culpabilisation sur des actions qui ne le sont pas. Avancer dans notre projet nous donne l’impression qu’on doit faire quelque chose de mal.
Lors d’un atelier, on abordait la notion de l’argent. Se vendre au bon prix, celui qui correspond à la valeur de ce que l’on propose.
Réponse assez commune : « il ne faut pas arnaquer le client ».
À noter que dans ce genre d’atelier, souvent j’ai deux groupes très à l’opposé : d’un côté, ceux qui ont un environnement entrepreneurial proche ou qui ont eu une entreprise, et de l’autre, les personnes issues du monde salarié.
Je vous laisse deviner qui pense quoi.
Nombreux sont les tabous sociaux à lever avant d’avoir l’esprit d’un entrepreneur ou d’une entrepreneure.
C’est très français comme état d’esprit… Et ça freine souvent le démarrage, voire le développement de l’entreprise.
Les qualités peuvent aussi se transformer en défaut
À l’inverse, j’ai souvent des porteurs et porteuses de projet très motivés… trop motivés !
Dès le départ, ils veulent travailler H24, les vacances : pas besoin. « Il faut ce qu’il faut quand même ! »
Je me rappelle une dame que j’ai reçue, qui était visiblement très fatiguée et du coup très tendue aussi. Elle m’a raconté que ça faisait plusieurs mois qu’elle travaillait plus de 12h par jour pour réaliser son offre de service, pour que tout soit prêt quand elle irait démarcher ses clients.
Je lui ai conseillé de prendre du recul et de se reposer un peu.
Mais j’ai eu une vive réaction de rejet. Elle avait mis énormément d’énergie dans son travail. Ça, je n’en doutais pas. Sauf que là, elle était épuisée alors qu’elle n’avait pas encore commencé son activité.
Ce que je n’ai pas eu le courage de lui dire, car elle n’était pas en état de l’entendre : elle n’avait pas interrogé ses clients avant de réaliser tout ce travail. Du coup, il y avait de fortes chances que ça ne corresponde pas à leurs besoins réels.
Le perfectionnisme, c’est bien, ça montre votre sérieux. Mais il faut le placer au bon endroit et au bon moment.
Il est important de faire attention que nos qualités ne deviennent pas notre pire ennemi, en créant une anxiété due à quelque chose d’imparfait, ou une fatigue excessive. Sur le long terme, c’est elle qui nuit le plus à la rentabilité.
Prendre conscience
Je vais être honnête, même si vous faisiez une étude approfondie de votre mode de fonctionnement, vous ne pourrez pas corriger votre manière d’être globale.
Par contre, prendre conscience est déjà un très bon pas. Ça nous permet de relativiser ce qui pourrait toucher à nos convictions personnelles et de faire la part des choses entre perso et pro. De plus, on peut mettre des garde-fous en place pour éviter de se laisser happer par notre culpabilité, qu’elle vienne de nos « défauts » ou de nos « qualités ».
Avez-vous déjà identifié ce qui pouvait vous bloquer ? Et si ces blocages venaient de défauts qui, en fait, n’en sont pas ?